Salut,
Rapide message pour un événement que j’ai oublié de vous communiquer : demain, à la Fête de l’Humanité, je participe à une table ronde qui s’annonce tout à fait intéressante. On y discutera de la manière dont les réseaux sociaux publicitaires tirent littéralement profit de la haine qu’ils abritent, diffusent, amplifient. C’est à 17h sur le stand de Non Violence XXI, et à 18h30, j’enchaîne avec des signatures de L’Envers de la Tech sur le stand des éditions Les Pérégrines, au Village du livre. Venez !
Comme vous ne serez peut-être pas de cette joyeuse troupe qui s’en va fouler le sol du Plessis-Pâté, je ne vais tout de même pas vous laisser que sur ce rendez-vous. Je vais plutôt vous rediriger vers les quelques mots que j’ai écrits pour participer au débat tech du moment : faut-il, oui ou non, s’inquiéter de voir des ingés d’OpenAI et Anthropic quitter leur entreprise en claironnant : “L’IA générale va tous nous manger tuer dépasser "!” ?
Et ensuite, je vais vous donner non pas un, mais bien DEUX conseils de lecture pour que vous quittiez un instant ce fichu écran. Quelle chance vous avez !
Ce n’est pas d’AI-pocalypse qu’il faut s’inquiéter
Depuis quelques jours (écrivais-je donc sur LinkedIn), dans les médias tech comme généralistes, tout le monde discute de la n-ième démission d’un ingénieur passé par OpenAI et Anthropic, sur fond de promesse d’AI-pocalypse. Je m’en préoccuperais si ce n’était pas la cent cinquantième fois que ce type de récit fait la une (à chaque fois, à l’instigation de personnes qui viennent de l’industrie qui construit ces technos*).
Ce qui m’inquiète le plus, c’est un récent travail co-signé par le prix Nobel d’économie Daron Acemoglu et ses collègues A. Arda Gitmez et Mehdi Shadmehr. Titré « Automatisation et Répression », ce working paper ouvert à la relecture par les pairs consiste à étudier dans quelle mesure l’accélération de l’automatisation conduit au recours à la répression étatique.
Pour construire leur analyse, les trois hommes modélisent un système dans lequel des capitalistes (détenteurs de capital) interagissent avec des travailleurs, qui vivent des revenus de leur travail. Les capitalistes, « cherchant à maximiser leurs profits choisissent le degré d’automatisation ». Or, plus d’automatisation = plus de profit. Les travailleurs, eux, peuvent se coordonner pour se révolter. Le risque de soulèvement s’accroît avec l’augmentation des inégalités de répartition du capital.
« Dans un équilibre concurrentiel décentralisé, les capitalistes, soucieux de maximiser leurs profits, ne tiennent pas compte de l’impact de leurs décisions en matière d’automatisation sur le risque de révolte, ce qui se traduit par un niveau d’automatisation excessif par rapport à ce que les capitalistes, en tant que groupe, préféreraient », écrivent les universitaires.
Difficile de ne pas faire le lien avec la captation irrationnelle de capital d’une poignée d’hommes, généralement issus de la Silicon Valley. Début 2026, Oxfam calculait qu’ensemble, dix États-Uniens (dont neuf de l’industrie technologique), un Français et un Espagnol possédaient plus de richesses que 4,1 milliards de personnes.
Mais le cœur de l’article concerne les réactions de l’État. Dans les expérimentations des économistes, que les États partent avec une tendance favorable à la répression ou qu’ils soient construits sur des fondements démocratiques, ces derniers finissent toujours, à un moment ou un autre, par recourir à la répression.
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