🟢 La canicule m’a radicalisée

IA, politique(s), même combat : on veut des actes pour préserver l'habitabilité de la planète.

Technoculture
6 min ⋅ 26/06/2026

Salut,

Comment supportez-vous les 40°C ?

De mon côté, ça me met en rage, mais comme c’est épuisant d’être enragée, je rafraîchis ma colère grâce à l’accès qu’une chouette amie m’a donné à un coworking climatisé. Je la couve, cela dit, cette colère (ici et , deux très longs fils de rageuse). Je compte bien la laisser éclater à nouveau dès que la température sera redescendue, dès que l’occasion se présentera. En attendant, voici quelques raisons de nous énerver collectivement, dès qu’on aura pu dormir correctement. Voici aussi quelques pistes, si vous ne savez pas quoi demander concrètement :

Édito

Quand j’ai commencé à écrire L’Envers de la Tech, à l’hiver 2025, la Californie était ravagée par les flammes. Leur vitesse était renforcée par des vents anormalement forts et leur hauteur rendue difficilement maîtrisable par la sécheresse environnante. Quand j’en suis arrivée à l’étape des relectures, j’étais claquemurée chez moi, dans le noir, pour me protéger d’une vague de chaleur inhabituellement élevée. Un an plus tard, la canicule la plus sévère que la France ait connue depuis 2003 nous accable, au point que le 23 juin, le pays a enregistré des chaleurs plus élevées que sur 99,02 % de la planète.

Dans l’intervalle, les décideurs de la tech ne se sont pas gênés pour sortir des dingueries. À quatre jours de la canicule actuelle, Lex Coors, patron de l’Association européenne des centres de données, le principal lobby de l’industrie, a osé déclarer que l’Europe devait faire un choix : soit ses objectifs climatiques, soit la souveraineté dans l’IA. Au nom de quoi cela devrait-il être un débat ? De quelle IA rêve-t-il, sur une planète qui n’accueillerait plus ni les entraîneurs de données, ni les développeuses, ni même les actionnaires, aussi climatisés vivent-ils, nécessaires à la quête de cette technologie à la rentabilité mythologique ?

Ces derniers temps, lorsque je donne des conférences sur les impacts socio-écologiques de la tech en général et de l’IA en particulier, je me retrouve coincée entre deux positions : lorsque j’affirme aux citoyen·nes qui m’écoutent que s’ils et elles refusent d’utiliser l’IA, c’est tout à fait leur droit, on me rétorque que dans le monde dans lequel on vit (comprenez : dans l’économie capitaliste qui régit nos manières de travailler et de vivre), s’en passer serait inconscient. Et lorsque j’affirme aux travailleur·euses que s’ils veulent s’en servir pour s’adapter à la curiosité ou la pression à laquelle ils peuvent se retrouver confronté·es, en particulier dans leur emploi, c’est tout à fait leur droit, on me rétorque que je manque singulièrement de colonne vertébrale, pour quelqu’un qui vient de démontrer à quel point les IA génératives constituent des puits sans fonds de pollution et d’extraction de ressources / de travail / de données.

La vérité, c’est que comme un nombre croissant de personnes dans le monde, je crois qu’on s’en sortirait très bien sans IA générative, voire sans un pan plus large de cette industrie d’extraction. Lorsque Romaric Godin écrit dans Mediapart que « les appels à la régulation de l’IA sont une illusion dangereuse », je pense qu’il a raison. Un projet qui ne vise que le progrès du capital (c’est-à-dire ni progrès social, ni projet environnemental, ni aucun autre progrès que celui de la poignée de décideurs à la tête de cette industrie), alors qu’on a établi en long, en large et en travers que le fonctionnement de la société appuyé sur la seule accumulation de capital provoquait directement la dégradation de nos lieux de vie communs, un projet comme ça, ça ne se régule pas, ça se combat.

Donc l’IA, au sens de : ces technologies génératives stupides qu’on nous promeut partout au motif qu’elles fourniraient des « gains de productivité » (gains qui ne se matérialisent actuellement que sous la forme de licenciements sans projet de réemploi, de pertes d’expertise et de connaissances, d’augmentation de la surveillance, de catastrophes supplémentaires en matière de santé mentale), l’IA, ça se combat.

L’autre vérité, c’est qu’il sera impossible de combattre ce genre de vague seul·es, dans notre coin. On en vient donc au besoin de faire de ces questions des enjeux politiques. Ça vaut pour les questions numériques, ça vaut aussi pour le climat (et quand on voit que le gouvernement a annoncé 655 millions d’euros d’investissements dans l’IA, et seulement 600 millions pour les hôpitaux, on comprend tout de suite comment les deux sont liés : par les cordons de la bourse).

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Technoculture

Par Mathilde Saliou

Journaliste et autrice de L’Envers de la Tech, Ce que le numérique fait au monde (Les Pérégrines, 2025) et Technoféminisme, comment le numérique aggrave les inégalités (Grasset, 2023). J’anime le podcast Entre la chaise et le clavier.

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