Kessel

🟱 Du cashless de l'enfer à La Grande Évasion

Quelques cartes de l'été

Technoculture
5 min ⋅ 04/09/2026

Hello ☀

J’espĂšre que vous allez bien, que l’étĂ© fut beau, que l’énergie est au max !

L’étĂ© se termine, la rentrĂ©e se dessine, et entre mes Ă©pisodes de repos et ma reprise sur les chapeaux de roue, je prends du retard sur Technoculture. PlutĂŽt qu’une traditionnelle lettre, disons donc que vous recevez ici une sĂ©rie de cartes postales, Ă©crites au fil du mois Ă©coulĂ©.

J’en profite pour dire merci Ă  celles et ceux d’entre vous qui soutiennent mon travail via des participations ponctuelles ou des abonnements rĂ©guliers. Je vous vois, je ne sais pas dans quelle mesure ma radicalisation caniculaire y est pour quelque chose, mais dans tous les cas : mille fois merci !

Rendez le cash

Avec l’étĂ©, c’est la saison des festivals qui se termine. Chez moi, la musique en plein air est une vraie tradition depuis mes 15 ans. Mais ces derniĂšres annĂ©es, il y a une pratique de numĂ©risation qui vient chaque fois m’irriter, tel un caillou numĂ©rique que je traĂźnerai dans ma chaussure au fil de longues soirĂ©es dansantes. Cette pratique, c’est le cashless.

Cet Ă©tĂ©, les affreux bracelets passĂ©s dans un bout de plastique tamponnĂ© d’un QR code dĂ©diĂ© au paiement sont devenus mon symbole personnel de l’enshittifcation d’une pratique a priori non connectĂ©e. Quand j’étais au lycĂ©e, il me suffisait d’imprimer mon billet, ou d’aller le rĂ©cupĂ©rer Ă  la Fnac, en mĂȘme temps que les places de je ne sais quel spectacle auquel iraient mes parents. Pendant mes annĂ©es Ă©tudiantes, j’ai pu ne partir qu’avec mon tĂ©lĂ©phone en poche et passer directement le code-barres d’une place affichĂ©e sur mon Ă©cran, luminositĂ© au max, Ă  l’entrĂ©e des salles de concerts ou autres joyeux Ă©vĂ©nements. Mais avec l’apparition du cashless - cette invention du troisiĂšme cercle de l’enfer d’aprĂšs laquelle il serait mieux de ne payer qu’avec un bracelet ou une carte dĂ©diĂ©e plutĂŽt qu’avec de la 💰 monnaie 💰, ou bien la 💳 carte bleu physique ou dĂ©materialisĂ©e 💳 que nos bien-aimĂ©s banquiers mettent gĂ©nĂ©ralement dĂ©jĂ  Ă  notre disposition contre une petite participation -, les choses se sont dĂ©finitivement dĂ©gradĂ©es.

DĂ©sormais, chaque Ă©tĂ©, quand bien mĂȘme je retourne souvent aux mĂȘmes festivals, je dois payer, en plus de mon billet (dont je n’évoque mĂȘme pas l’inflation du montant) quelques euros Ă  un acteur tiers dont je n’ai que faire, uniquement prĂ©sent pour fournir un outil que je n’ai jamais souhaitĂ© utiliser. À ceci s’ajoute la nĂ©cessitĂ© d’alourdir la mĂ©moire de mon tĂ©lĂ©phone avec une, voire deux (!!) applications stupides, nĂ©cessaires pour rĂ©cupĂ©rer mon billet et effectuer les transferts financiers. Applications qui me demandent, pour m’inscrire, un mot de passe fort, une adresse mail, mon numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone, et pourquoi pas mon passeport, ma carte vitale, et puis un rein tant qu’on y est ?

Vous l’aurez compris, je pourrais longuement disserter sur ce nouvel espace de nos vies transformĂ©es en machine ringarde-Ă -peine-nĂ©e, uniquement destinĂ©e Ă  fabriquer des bases de donnĂ©es sensibles, qu’on retrouvera bientĂŽt (surprise) semĂ©e aux quatre vents sur des forums de cyberdĂ©linquants. Heureusement, pour prĂ©server la sĂ©rĂ©nitĂ© que je me suis employĂ©e Ă  cultiver en bord de mer, je peux simplement vous renvoyer vers TĂ©lĂ©rama, qui s’est emparĂ© du sujet, dans le calme.

🧘 Om

Vers une géopolitique de la justice sociale ?

Jetez un Ɠil au projet de justice mondiale. Pour reprendre les mots de Jade Lindgaard, dans Mediapart, son programme « repose sur un pari paradoxal : s’inscrire dans la tendance longue du XXe siĂšcle Ă  rĂ©duire les inĂ©galitĂ©s et reconnaĂźtre les droits sociaux, mais rompre avec le laisser-faire actuel si favorable aux grosses fortunes et puissants. Â»

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Technoculture

Par Mathilde Saliou

Journaliste et autrice de L’Envers de la Tech, Ce que le numĂ©rique fait au monde (Les PĂ©rĂ©grines, 2025) et TechnofĂ©minisme, comment le numĂ©rique aggrave les inĂ©galitĂ©s (Grasset, 2023). J’anime le podcast Entre la chaise et le clavier.

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