Technoculture

Des réflexions sur la tech, des outils pratiques et de la culture (pas toujours) numérique, d'un point de vue féministe.

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Par Mathilde Saliou
16 janv. · 3 mn à lire
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De la tech, de la culture : c'est parti pour Technoculture

Hello,

Meilleurs vœux :)

Comment s’armer pour faire face aux campagnes de désinformation ? Comment aider des proches victimes de cyberharcèlement ? Quel rapport entre des TikToks graveleux et la culture de l’industrie numérique ? Et l’intelligence artificielle, qui peut s’emparer du sujet et comment ?

Toutes ces questions sont des variations de la grande interrogation qui guide mon travail depuis mes débuts de journaliste, il y a bientôt dix ans : quels sont les effets des technologies numériques et de l’industrie qui les créent sur nos sociétés démocratiques ?

Pendant l’écriture de mon livre, Technoféminisme, comment le numérique aggrave les inégalités, j’ai approfondi le sujet sous l’angle 🥁… des inégalités. Celles entre les femmes et les hommes en particulier, mais pas seulement.

Depuis sa publication, début 2023, j’ai eu le plaisir de discuter des sujets que j’y aborde avec toute une variété de publics. Cela m’a non seulement donné plein de nouvelles idées, mais m’a aussi donné la mesure du besoin d’outils pratiques et faciles à actionner pour se situer et agir dans le monde technologique. Et ceci même (surtout !) quand on n’a aucune connaissance technique du numérique.

Technoculture sera l’espace où je tenterai de répondre à ce besoin. Ce sera aussi un endroit où centraliser mes travaux et réflexions, puisqu’une partie d’entre elles concerne ces outils et leur accès par le plus grand nombre.

L’idée est de vous proposer au moins une fois par mois un édito, aussi pédagogique que possible, sur un problème numérique qui m’occupe : les risques et les potentiels de l’intelligence artificielle, les campagnes de désinformation et de cyberviolences contre des personnalités publiques ou des citoyens comme vous et moi, les mythologies véhiculées par et sur les entrepreneurs du numérique, que sais-je encore.

Il s’agira aussi de vous partager des outils concrets, que ce soit pour cultiver quelques réflexes de sécurité numérique, pour expliquer comment fonctionnent certaines technos que nous utilisons quotidien, ou pour vous faire connaître des initiatives qui travaillent à construire un monde numérique durable et ouvert à toutes et tous.

Et puis, comme c’est l’un de mes espaces préférés dans les multiples newsletters que je lis, vous trouverez aussi dans Technoculture des recommandations culturelles.

Au fil des éditions, nous parlerons certainement surveillance en ligne, cyberharcèlement, désinformation et autres joyeusetés. Pour partir d’attaque, voici donc une première recommandation pratico-pratique : la trousse de premiers soins numériques.

Vous n’arrivez plus à accéder à l’un de vos comptes mail ou de réseau social ? Vous avez reçu un message suspect ? Quelqu’un vous harcèle en ligne ? Des situations les plus anodines aux plus dramatiques, ce site peut vous aider à vous sortir de ce mauvais pas.

Le principe est simple : vous cliquez sur l’image qui correspond à votre situation, et vous répondez aux questions. Celles-ci vous indiquent des pistes de solutions et, dans le meilleur des cas, au bout de trois clics, votre souci est réglé. Autrement, pour chaque cas de figure, le guide propose une série d’entités, ONG et autres, vers lesquelles vous pouvez vous tourner pour trouver de l’aide.

Initialement créé pour les formateurs en sécurité numérique et les “activistes amateurs de technologies”, cet outil peut en réalité servir à quiconque se retrouve confronté à des problématiques de sécurité en ligne (journalistes, militantes, activistes, influenceurs, etc*) ou en position de former d’autres personnes à ces questions (en éducation aux médias et à l’information, par exemple).

Il a été construit par RaReNet et le CiviCERT, des acronymes un poil abscons, mais qui indiquent que l’on a affaire à des experts en sécurité numérique, et que ces derniers cherchent à aider la société civile.

Jugez plutôt : RaReNet (Rapid Response Network) est un réseau international d’experts en cybersécurité dans lequel on retrouve des associations comme Amnesty Tech, le réseau Global Voices ou l’Electronic Frontier Foundation. Cette dernière est célèbre pour son expertise en matière de défense des libertés numériques et pour avoir été cofondée par le parolier des Grateful Dead John Perry Barlow. Quant au CiviCERT, émanation de RaReNet, c’est un réseau de Computer emergency response teams (CERT), c’est-à-dire de centres d’alerte et de réaction aux attaques informatiques. Les CERT sont principalement des entités qui aident les entreprises et les administrations, mais le CiviCERT, lui, est construit pour aider la société civile.

*ou même votre mère/père/oncle qui a perdu les accès à l’un de ses comptes.

Vous connaissez des outils qui mériteraient d’être cités ? Dites-le moi en réponse à ce mail.

Si Technoculture avait été publié en 2023, je vous aurais par exemple écrit que :

  • pour La Déferlante, j’ai réuni trois expertes de l’intelligence artificielle, une philosophe, une juriste et une data scientist, pour les faire débattre de la manière de rendre ce champ plus inclusif.

  • pour Algorithm Watch (en anglais), j’ai cherché à comprendre comment les outils de marketing numériques influaient sur l’activité des musiciens. La chanteuse – et bien nommée – Mathilde m’a clairement dit qu’une partie de son boulot, c’était de faire de l’influence, justement.

Je vous aurais aussi dit que je viens (enfin) de lire La parabole du Semeur d’Octavia Butler. Écrit en 1993, le roman nous projette dans une année 2024 grevée par les crises climatiques, économiques et politiques, où la violence règne. Fille de pasteur, Lauren Olamina est atteinte d’hyperempathie, un trouble qui la force à ressentir les sensations des personnes à la proximité desquelles elle passe. Pressentant que le monde tel qu’elle le connaît ne durera pas, elle se prépare à faire face en développant son propre système de croyance, qu’elle appelle “Semence de la Terre”.

J’ai lu La parabole du Semeur presque au hasard. Je suis tombée dessus alors que je faisais mes cadeaux de Noël, j’avais le nom de Butler en tête depuis un bout de temps, donc je me le suis achetée (“charité bien ordonnée…”, ce genre de choses). Zéro regret : c’est un vrai bon roman de science-fiction féministe, traversé de questionnements sur la force de la communauté, les réactions humaines face à la catastrophe, l’importance de l’empathie. Aussi terrible que porteur d’espoir.

Merci de m’avoir lue.

— Mathilde Saliou


P.S.: je serai à Lourdes le 25 janvier pour parler d’IA aux rencontres Saint-François de Sales, à Lannion les 2 et 3 février pour parler d’IA, de cyberviolences et de liberté d’informer au festival “l’information dans tous ses états” des Côtes d’Armor et à Paris le 8 février pour une rencontre avec Nathalie Sonnac organisée par l’association Les Lumidacieuses.

Venez discuter !