Technoculture

Des réflexions sur la tech, des outils pratiques et de la culture (pas toujours) numérique, d'un point de vue féministe.

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Par Mathilde Saliou
15 mars · 6 mn à lire
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🟪 Quand est-ce qu'on apprend à se protéger en ligne ?

Ce mois-ci, on parle sécurité numérique pour toutes et tous, des citoyen.nes luttent contre des systèmes algorithmiques partout en Europe, et on se promène dans une Dordogne d'aquarelle.

Salut,

Comment allez-vous ?

De mon côté, je suis très heureuse : nous sommes déjà plus de 550 ! Merci d’être là ! Si Technoculture vous plaît, soyez chics : faites passer le mot.

» Édito «

Élégie pour une sécurité numérique partagée

C’est le mois de mars, le mois du printemps, le mois qui contient le 8 mars, où l’on offre des fleurs à celles qui nous soutiennent toute l’année où l’on sensibilise un peu à l’égalité pour se dire ensuite “ok c’est bon, c’est fait”. Je grossis le trait, mais cette année, quand bien même la liberté de recourir à l’avortement est désormais ancrée dans la Constitution (bravo les meufs !), j’ai eu le sentiment de voir plus de messages découragés que d’habitude. Après, vous me direz que ce florilège glané au fil de ma veille n’était pas pour inciter à la fête :

Selon le dernier calcul de la Banque mondiale, qui intègre pour la première fois les effets du soin aux enfants et les mesure de protection contre les diverses violences à son calcul, les femmes ne bénéficient en moyenne que de 64 % des protections juridiques accordées aux hommes dans le monde. Ce chiffre un peu bizarre signifie, en gros, que même là où il existe des lois carrées susceptibles d’aider à atteindre l’égalité… elles ne sont pas suffisamment appliquées pour avoir un réel effet sur la vie des femmes, et donc (c’est la banque mondiale qui calcule, tout de même) pour leur permettre de participer à la vie économique à leur plein potentiel.

Côté tech, citons ce constat de la baisse de 6 % de la part de femmes diplômées dans la tech – quand bien même le secteur manque de bras et promet de hauts salaires. Et cet autre constat, qui explique en partie le précédent : la réforme du bac de 2019 a conduit à un chute de 60 % des effectifs féminins en cursus scientifiques (12h heures de sciences par semaine, dont 5h30 de maths) contre 30% de masculins (alors que les filles y étaient déjà moins nombreuses).

Mettez ces informations bout Ă  bout :

  • les femmes sont victimes de violences sexistes et sexuelles suffisamment importantes pour freiner leur participation Ă  la vie Ă©conomique selon la banque mondiale, mais Ă©largissons tout de suite Ă  la vie publique.

  • De la mĂŞme manière que le numĂ©rique s’infiltre aujourd’hui dans tous les pans de nos vies, il s’insère aussi dans ces violences : neuf victimes de violences conjugales sur dix sont visĂ©es par une forme de violence numĂ©rique (cyberharcèlement, dĂ©tournement des comptes sociaux, bancaires ou administratifs). Les femmes courent aussi un risque accru de subir des violences numĂ©riques, qu’on parle de cyberharcèlement contre des personnalitĂ©s publiques ou privĂ©es, d’exposition non consenties d’images Ă  caractère intime, de deepfakes pornographiques, ou autre.

  • En face, les filles et les femmes, dĂ©jĂ  minoritaires dans l’industrie qui construit ces outils, se forment de moins en moins en sciences et techniques – pour tout une quantitĂ© de raisons valables (stĂ©rĂ©otypes, pression sociale, industrie peu accueillante, etc).

Le problème est le suivant : comment faire pour former la population qui en a le plus besoin à la sécurité numérique ? Car le risque zéro n’existe pas, mais des mesures de précautions sont possibles. Comment les faire connaître sachant que la population la plus à risque se détourne des voies de formation les mieux adaptées ? (Et clairement, il ne s’agit pas ici de critiquer : j’ai moi-même explicitement refusé de faire S.)

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